Auteur : Fréchette, Karine

À quel point dépendons-nous des États-Unis au Canada? Entrevue avec Julien Martin et Florian Mayneris

En 2020, les professeurs Florian Mayneris et Julien Martin nous avaient mis en garde sur la forte dépendance du Canada aux importations en provenance des États-Unis dans une étude intitulée « La dépendance du Canada à l’égard des États-Unis pour ses importations est pire que vous ne le pensez ». Cinq ans plus tard, où en sommes-nous ?

Pour consulter l'entrevue et l'article orginal : Le Devoir

La professeure Catherine Haeck publie dans le American Economic Journal

La professeure Catherine Haeck publie dans le prestigieux American Economic Journal.

Résumé
Cet article utilise des microdonnées de recensement liées aux dossiers fiscaux pour quantifier la contribution des professions à la mobilité intergénérationnelle des revenus. Nous documentons une ségrégation substantielle dans les professions en fonction du revenu des parents. Les enfants de parents à revenu élevé sont nettement plus susceptibles d'exercer des professions bien rémunérées et plus recherchées. Étant donné que les parents peuvent transmettre leur profession à leurs enfants, nous décrivons plus en détail les modèles de suivi professionnel intergénérationnel et montrons qu'ils varient considérablement d'une profession à l'autre, les professions à faible revenu présentant en moyenne une plus grande persistance d'une génération à l'autre. Cependant, la persistance professionnelle joue un rôle limité dans la mobilité des revenus, puisqu'elle n'explique que 10 % de la relation entre le rang du revenu et le rang de l'emploi.

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L’école aide à l’égalité des chances, mais... Catherine Heack se penche sur l'Éducation

Plusieurs savent qu’il existe un lien entre le niveau d’éducation et le revenu. Mais saviez-vous que loin de s’être atténué, le rendement de l’éducation s’est accentué depuis 2000 au Québec ?

La professeure de l'École des sciences de la gestion, Catherine Haeck se penche sur l'Éducation.

L’éducation ouvre plus que jamais les portes aux emplois payants. Il est donc essentiel de créer un système d’éducation juste et équitable, qui offre à chacune et chacun la possibilité de faire valoir ses intérêts, aptitudes et ses talents.

Le Québec mérite-t-il une bonne note en ce domaine ?

Des inégalités familiales qui se retrouvent dans la salle de classe

Entre 1980 et aujourd’hui, les inégalités de revenus avant impôt et transferts ont augmenté de près de 20 % au Québec. Cependant, elles sont demeurées assez stables une fois les impôts et les transferts pris en compte.

Le système de redistribution a donc su atténuer la croissance des inégalités de revenus. Mais, pour beaucoup trop de familles, ce n’est pas suffisant, car le revenu n’est pas le seul facteur associé à la réussite des jeunes.

On sait que les inégalités de développement des enfants sont observables dès l’âge de 5 ans. Ces différences importantes sont associées au statut socioéconomique des familles, tel que le niveau d’éducation des parents.

Les enfants ne commencent donc pas tous l’école sur un même pied.

Or, les travaux scientifiques soulignent que l’école, quand elle est bien organisée, peut réduire en partie les inégalités qui existent entre les enfants et assurer une éducation plus équitable. Plusieurs études démontrent que les grèves, en obligeant les enfants à rester à la maison, augmentent les écarts entre les élèves.

Nos propres travaux sur les fermetures d’école durant la pandémie démontrent que les élèves ayant le plus difficulté ont été fortement affecté par les fermetures d’école alors que les élèves performants ne l’ont pas été. Ces résultats confirment que l’école québécoise est un puissant facteur de réduction des inégalités de développement.

Bref, quand l’école est ouverte, les écarts ne sont pas nuls, mais ils sont moins grands.

L’école québécoise est enviable à bien des égards

Qu’elle soit mesurée par les tests PISA (International Student Assessment), TIMSS (Trends in International Mathematics and Science Study) ou PIRLS (Progress in International Reading Literacy Study), la performance des élèves du Québec au primaire et au secondaire se compare favorablement à celle du reste du Canada, et tout spécialement à celle de l’Ontario.

Nos travaux avec ces données démontrent qu’au Québec, les jeunes en difficulté performent aussi bien qu’ailleurs au pays et parfois même mieux, alors que nos élèves les plus forts sont souvent parmi les meilleurs.

Le personnel du réseau de l’éducation fait un travail remarquable que nous devons souligner.

Malgré les bons résultats de l’école québécoise, plusieurs défis demeurent. Tout comme ailleurs au pays, nos travaux démontrent que les inégalités de réussite selon le statut socioéconomique continuent d’être bien présentes tant au primaire qu’au secondaire.

L’école doit composer avec des inégalités importantes tout au long du parcours scolaire.

Notre livre sur la sous-scolarisation des garçons rappelle que le taux de diplomation des garçons est plus faible à tous les niveaux d’études, et ceci est également vrai ailleurs au pays, particulièrement au niveau du baccalauréat. De plus, les garçons ne commencent pas l’école avec le même bagage de connaissances que les filles, et ils sont plus nombreux à prendre des médicaments en lien avec le TDAH. On pourrait faire mieux pour les garçons et les filles en difficulté.

Il faut tenir compte des caractéristiques singulières des élèves pour aider ceux qui en ont besoin et permettent à ceux qui apprennent facilement d’avancer. Il y a ici un choix entre inclusion et parcours adaptés, et la meilleure approche est loin d’être évidente.

Nous sommes à un moment charnière où il serait possible de faire certains changements qui permettraient d’accroître l’équité du système tout en favorisant le développement des enfants selon leurs capacités et leurs intérêts.

Il importe toutefois de rappeler que le système d’éducation à lui seul ne peut pas tout régler. Les services sociaux, les services de santé, le milieu familial et de vie ont aussi une part importante à jouer.

Enfin, il importe de revoir nos valeurs sociétales. La lumière, l’espoir, ne naissent pas des avoirs matériels et monétaires démesurés de certains, mais de notre éveil au monde et de nos contributions diversifiées et souvent anonymes à la collectivité.

Source: La Presse

L'économie post-keynésienne comme mécanisme de défense : Sidney Weintraub tel que connu par E. Roy Weintraub

Cet article retrace l'évolution de l'identité post-keynésienne de Sidney Weintraub au cours des quatre décennies suivant la Seconde Guerre mondiale, à travers le regard de son fils, E. Roy Weintraub. Le professeur Till Düppe explore l’idée de Roy selon laquelle la carrière de Sidney peut être interprétée comme le résultat de mécanismes de défense associés à ceux d’une personnalité limite, tels que le clivage et la projection. Alors que Sidney évoluait d’un macroéconomiste aspirant au courant dominant en un combattant solitaire des idées, développant une vision polarisée de la profession économique, son travail a fini par être assimilé à une branche de l'économie post-keynésienne. Parallèlement, il a poussé son fils dans une dépendance symbiotique, le substituant à sa propre carrière d'économiste mathématicien et de coauteur, et l'impliquant dans ses infidélités. L’éloignement progressif de Roy vis-à-vis de ce rôle a finalement conduit à une rupture avant la mort de Sidney en 1983. Ce n'est qu'à partir de ce moment que Roy a pu établir son propre profil académique en tant qu'historien de la pensée économique et acquérir la compréhension de son père qui informe cet article.

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Félicitations à Catherine Haeck, récipiendaire de la médaille du couronnement du roi Charles III

Cinq membres de la communauté uqamienne ont obtenu la Médaille du couronnement du roi Charles III, qui leur a été décernée par l’honorable Manon Jeannotte, Lieutenante-gouverneure du Québec. Cette distinction commémorative est remise aux Canadiennes et Canadiens qui se sont distingués par leur dévouement et leur engagement ayant un impact significatif sur leur communauté, à l’échelle locale, régionale ou nationale.

Il s’agit de Charles-Philippe David, professeur au Département de science politique, Bernard Duhaime, professeur au Département des sciences juridiques, Catherine Haeck, professeure au Département des sciences économiques, Yannick Hémond, professeur au Département de géographie, et Stéphane Pallage, recteur de l’UQAM.

Spécialisée en économie de l’éducation et en économie du travail, Catherine Haeck est directrice scientifique du Groupe de recherche sur la capital humain (GRCH) depuis sa création. Elle a contribué à la fondation de l’Observatoire pour l’éducation et la santé des enfants du CHU Ste-Justine.

Lauréate du Prix de la relève professorale en recherche 2020 décerné par l’ESG UQAM, Catherine Haeck est fellow Cirano en plus d’être nouvellement directrice scientifique de la Chaire de recherche sur les enjeux économiques intergénérationnels (CRÉEI).

Sa recherche se concentre principalement sur le développement du capital humain des enfants et des jeunes, et sur la transmission intergénérationnelle du revenu et de l’éducation. Elle cherche notamment à identifier les programmes et les interventions qui aident les enfants et les jeunes en utilisant des techniques d’inférence causale. Elle souhaite comprendre le lien entre les inégalités observées durant la petite enfance et le parcours de vie sur le marché du travail, en documentant l’évolution de ces inégalités, et en analysant le rôle de l’éducation parentale et des politiques et programmes qui touchent les enfants.

L’économie mondiale en temps de polycrise : quels impacts pour le Canada et le Québec?

L’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM), en collaboration avec l’équipe de recherche sur le Développement économique et les inégalités des territoires et l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, a organisé le 21 novembre 2024 la conférence L’économie mondiale en temps de polycrise : quels impacts pour le Canada et le Québec?  

François Audet, directeur de l’IEIM, et Komlan Sedzro, doyen de l’ESG UQAM, ont prononcé des allocutions en ouverture. 

Mélanie Raymond, économiste en chef et DG des relations économiques internationales par intérim à Affaires mondiales Canada, Hubert Bolduc, président, Investissement Québec International, et Julien Martin, professeur au Département des sciences économiques, ESG-UQAM, ont formé un panel d’exception, apportant des perspectives variées et complémentaires. Ainsi, l’état actuel de l’économie mondiale, fragilisée par un contexte géopolitique tendu, a pu être analysé sous l’angle des répercussions pour le Canada et le Québec. 

« Le commerce est clairement très important pour le Canada, en termes de pourcentage de PIB, on parle de 67,2%. Mais si on parle de perspective, selon les prévisions du FMI, on prévoit un taux de croissance de 2,4%, ce qui est bon. Parce que dans les dernières années, on avait moins de 2%, et ce sera le taux le plus élevé des pays du G7.

« Le gouvernement du Canada a remarqué qu’on était très dépendant du marché américain. On devrait essayer de diversifier autant que possible et augmenter nos exportations outre-mer. En 2017, le Canada s’est doté d’un objectif de diversification et d’augmentation de 50% des exportations outre-mer. On semble en bonne voie sur la projection linéaire. » – Mélanie Raymond

« Les chaines de valeurs sont au centre de l’économie mondiale, lorsqu’on parle des politiques commerciales, des politiques industrielles, des politiques environnementales et des politiques fiscales. C’est important de comprendre leur fonctionnement, leurs sources de vulnérabilité et les perspectives de résilience.

« Si on veut penser aux vulnérabilités et aux possibilités de résilience des chaines d’approvisionnement, il y a trois dimensions : mieux anticiper les sources de vulnérabilité, s’adapter avant le choc en diversifiant les stocks, et s’adapter après le choc. » – Julien Martin

« L’arrivée de Trump au pouvoir paraît susciter quelques impacts majeurs sur l’économie du Québec. Parmi les enjeux majeurs, on a la forte dépendance du Québec au marché américain; 70% de nos exportations se dirigent vers les États-Unis.

« En examinant les données historiques, on observe que le commerce entre le Canada et les États-Unis est plus favorable pour le Canada lorsque les républicains sont au pouvoir, plutôt que lorsque les démocrates le sont, même si on a tendance à croire le contraire. » – Hubert Bolduc

Sarah Elimam, attachée à la PDG – Partenariats académiques et projets spéciaux, CIRANO, a assuré le rôle de modératrice. L’évènement s’est conclu par un cocktail de réseautage en présence d’étudiantes et d’étudiants.  

L’IEIM remercie chaleureusement toutes les personnes ayant contribué au succès de cet évènement.

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L’économiste Charles Séguin explique le fonctionnement du marché québécois du carbone et ce qui le rendrait plus efficace

Pour une bourse du carbone plus performante

Image: Getty

Au Québec, les efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre passent en bonne partie par le marché du carbone déployé en 2013 et lié à celui de la Californie depuis 2014. Image: Getty

La COP 29, qui se tient à Bakou, en Azerbaïdjan, du 11 au 22 novembre, sera l’occasion de rappeler que la plupart des pays de la planète sont encore loin de satisfaire aux exigences pour atteindre les objectifs de réduction de gaz à effet de serre (GES) fixés par l’Accord de Paris en 2015. Au Québec, ces efforts passent en bonne partie par le marché du carbone déployé en 2013 et lié à celui de la Californie depuis 2014. Au fil du temps, cette bourse du carbone – ou Système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre (SPEDE) – a essuyé plusieurs critiques. Nombreux sont ceux qui pensent qu’elle ne permettra pas d’atteindre l’objectif que le Québec s’est fixé pour 2030, soit de réduire de 37,5% ses émissions de GES par rapport à leur niveau de 1990.

Le professeur du Département des sciences économiques de l’ESG UQAM Charles Séguin n’est pas aussi pessimiste. L’été dernier, le Comité consultatif sur les changements climatiques, dont il fait partie, a émis un avis visant à rendre le SPEDE plus efficace. Au début de 2025, le gouvernement soumettra plusieurs des recommandations de ce comité à la consultation publique en prévision d’un nouveau règlement dont l’adoption est prévue au printemps prochain.

Expert en économie de l’environnement, Charles Séguin répond aux questions d’Actualités UQAM sur le fonctionnement du marché du carbone et sur les mesures qui pourraient contribuer à le rendre plus performant.

Actualités UQAM – Quelles sont les grandes règles de fonctionnement du marché du carbone?

Charles Séguin – Ce sont celles du système de plafonnement et d’échange. Les émetteurs assujettis au système doivent obtenir des permis (je dis des «permis», mais on parle aussi de «droits» ou de «crédits») pour chaque tonne de GES relâchée dans l’atmosphère. En plafonnant le nombre de permis et en le réduisant chaque année, les gouvernements du Québec et de la Californie s’assurent qu’il y aura une réduction de GES puisqu’il manquera de permis pour en émettre.

Il y a différentes façons d’obtenir des permis. La majorité sont distribués lors des ventes aux enchères, organisées quatre fois par année. Mais il y a aussi une fraction non négligeable des permis, autour de 30%, qui sont alloués gratuitement par les gouvernements à certaines industries davantage exposées à la concurrence internationale. L’idée est d’éviter que ces industries déménagent dans des juridictions où il n’y a pas de contraintes sur les émissions de GES et qu’on perde une partie de notre activité économique, sans faire baisser le niveau global des émissions. Par exemple, les alumineries, cimenteries, papetières et usines chimiques reçoivent beaucoup de permis gratuits, mais leur nombre décroît d’année en année.

A.U. – Quelles sont les entreprises assujetties au SPEDE?

C.S. – Grosso modo, les émetteurs assujettis à la réglementation québécoise se divisent en deux groupes: les émetteurs industriels, dont on vient de parler, et les distributeurs de combustible fossile, comme les réseaux de stations-service ou Énergir, qui distribue le gaz naturel. Les émetteurs du secteur des combustibles fossiles, qui comptent pour environ 50% des émissions de GES au Québec, ne reçoivent aucun permis gratuit.

Il y a environ 125 entreprises au Québec, dont 80 émetteurs industriels, qui sont assujetties au marché du carbone. Ces entreprises représentent 75 à 80 % de toutes les émissions de GES du Québec.

«Il y a environ 125 entreprises au Québec, dont 80 émetteurs industriels, qui sont assujetties au marché du carbone. Ces entreprises représentent 75 à 80 % de toutes les émissions de GES du Québec.»

Les émetteurs industriels sont obligatoirement assujettis à partir d’une certaine taille, soit 25 000 tonnes de GES par année. Il y a aussi des émetteurs industriels se situant entre 10 000 et 25 000 tonnes par année qui peuvent adhérer au marché volontairement.

Dans notre avis, nous avions deux propositions par rapport à l’élargissement du système. L’une visait à rendre l’adhésion obligatoire pour les entreprises se situant actuellement dans la zone optionnelle, entre 10 000 et 25 000 tonnes. Notre autre proposition visait à inclure le secteur des matières résiduelles. Ce secteur, qui émet du méthane par la décomposition des déchets dans les dépotoirs, représente environ 10 % de nos émissions. En incluant ces deux groupes, on pourrait donc augmenter la couverture du système de 75 à 85 % et même 90 % de nos émissions. Il ne resterait, en gros, que l’agriculture qui ne serait pas couverte. Mais comme il est plus difficile de mesurer les émissions dans le secteur agricole, qu’il y a beaucoup de petites fermes et que ce serait compliqué à gérer, nous n’avons pas proposé de l’inclure.

A.U. – Quel est l’intérêt des entreprises qui émettent entre 10 000 et 25 000 tonnes de GES de se joindre volontairement au marché?

C.S. – Peut-être que certaines le font pour une question d’image de marque. Une autre raison, possiblement plus importante, est liée au fait qu’il y a beaucoup de permis gratuits dans le secteur industriel et que cela peut représenter une opportunité d’affaires. Si des entreprises prévoient développer une nouvelle technologie qui réduira leurs émissions, elles peuvent entrer dans le système avec leur vieille technologie, recevoir des permis gratuits, réduire leurs émissions, puis revendre leurs permis excédentaires à d’autres entreprises. Ça ne se fait pas à grande échelle, mais ça se fait.

A.U. – Revendre ses permis excédentaires n’est toutefois pas le privilège des entreprises qui adhèrent volontairement au système?

C.S. Non, bien sûr. Cela s’applique à tous les émetteurs. Le marché vise à introduire de la flexibilité. Par exemple, s’il y a des secteurs de l’économie qui sont en décroissance et d’autres en croissance, les échanges entre les entreprises permettent de réallouer les permis dans le système sans que le gouvernement n’ait à intervenir. C’est positif au sens où cela permet aussi de s’ajuster aux soubresauts de l’économie, comme c’est arrivé pendant la pandémie. Étant donné que le prix des permis s’ajuste en fonction des conditions d’offre et de demande, quand l’économie va mal, le prix diminue. Donc, implicitement, le prix carbone payé par le consommateur baisse en période de ralentissement. Puis, quand l’économie reprend, comme à la sortie de la pandémie, le prix augmente.

«Étant donné que le prix des permis s’ajuste en fonction des conditions d’offre et de demande, quand l’économie va mal, le prix diminue. Donc, implicitement, le prix carbone payé par le consommateur baisse en période de ralentissement.»

A.U. – Une des critiques adressées au système concerne le surplus de permis en circulation, qui a pour effet de garder les prix à un niveau trop bas. Comment expliquer ce surplus ?

C.S. – En raison d’une combinaison de facteurs, il y a peut-être eu trop de permis distribués pendant la première phase du SPEDE et des émetteurs ont pu faire des réserves. En effet, comme les permis n’ont pas de date d’expiration, si, pendant une certaine période, une entreprise produit moins de GES, elle peut décider de conserver ses permis pour les utiliser plus tard ou les revendre. Ensuite, il y a eu les aléas du cycle économique, et, en particulier, la pandémie, qui a fait en sorte que la demande est devenue très faible. Des permis se sont donc accumulés pendant cette période-là aussi. Mais ce n’est pas énorme. On évalue à 17 millions de tonnes le nombre de permis accumulé de façon excessive, soit moins de la moitié des 50 millions de tonnes que le gouvernement met en vente chaque année. Nous avons recommandé de retirer ces 17 millions de tonnes du système et c’est une des pistes que le gouvernement va soumettre à la consultation. En ce moment, les plafonds d’émissions ont été annoncés jusqu’en 2030. Selon notre proposition, le retrait de 17 millions de tonnes serait réparti entre 2026 et 2030, soit une réduction d’environ 3-4 millions de tonnes chaque année.

«On évalue à 17 millions de tonnes le nombre de permis accumulé de façon excessive, soit moins de la moitié des 50 millions de tonnes que le gouvernement met en vente chaque année. Nous avons recommandé de retirer ces 17 millions de tonnes du système et c’est une des pistes que le gouvernement va soumettre à la consultation.»

Ce sont des chiffres pour le Québec. Les chiffres pour la Californie sont beaucoup plus importants, mais la Californie a annoncé qu’elle allait aussi retirer un certain nombre de permis. À cet égard, les deux juridictions bougeraient donc dans la même direction afin de rendre les permis plus rares dans les prochaines années.

A.U. – Les crédits compensatoires permettent aux entreprises assujetties d’acheter des permis d’entreprises qui font des réductions dans d’autres secteurs. Pourquoi proposez-vous d’y mettre fin?

C.S. – La raison d’être des crédits compensatoires, c’est de créer des connexions entre les secteurs qui sont actuellement couverts par le système et ceux qui ne le sont pas – au Québec, on parle principalement de l’agriculture et des matières résiduelles. Si une entreprise dans un secteur non couvert réduit ses émissions de GES, elle peut créer un crédit compensatoire et une entreprise assujettie peut acheter ce crédit. Mais attention, les entreprises ne peuvent pas utiliser un nombre illimité de crédits compensatoires. Actuellement, ces crédits ne peuvent pas compter pour plus que 8% du total de leurs droits d’émission.

En plus des secteurs non couverts, les milieux naturels, en particulier la foresterie, ont aussi été mis à contribution pour la création de crédits compensatoires. En faisant du reboisement, par exemple, on peut capturer du carbone et créer des crédits. Toutefois, la comptabilité des émissions est beaucoup plus incertaine dans le secteur forestier que dans celui des déchets et ou de l’agriculture. Et cette incertitude n’a pas diminué avec le temps, surtout avec les risques de feux de forêt. Car si vous plantez une forêt et qu’elle brûle, le carbone retourne dans l’atmosphère.

Le Québec avait édicté des règles très strictes sur les crédits forestiers, par rapport à la Californie. Cela a fait en sorte qu’il y a eu zéro crédit forestier généré au Québec et plusieurs dizaines de millions en Californie. Comme les crédits forestiers représentent 80 % des crédits compensatoires, soit beaucoup plus que ceux provenant de l’agriculture ou du secteur des déchets, et compte tenu de l’incertitude par rapport à la valeur véritable de ces crédits, nous avons proposé qu’ils soient exclus.

«Comme les crédits forestiers représentent 80 % des crédits compensatoires, soit beaucoup plus que ceux provenant de l’agriculture ou du secteur des déchets, et compte tenu de l’incertitude par rapport à la valeur véritable de ces crédits, nous avons proposé qu’ils soient exclus.»

L’idée n’était pas mauvaise au départ, mais comme c’est le secteur forestier qui domine ces crédits et que ceux-ci soulèvent beaucoup de doutes, on croit qu’il serait préférable de s’en passer et d’assujettir les matières résiduelles, ce qui annulerait le besoin de crédits compensatoires pour ce secteur. Pour ce qui est de la foresterie, nous proposons de garder la base réglementaire du Québec et que ce soit le gouvernement qui achète ces crédits pour appliquer les réductions de GES équivalentes au bilan québécois.

A.U. – On dit que depuis la mise en place du marché du carbone, le Québec a réduit une partie de son bilan d’émissions en achetant des droits de polluer en Californie. Est-ce exact?

C.S. – Entre 2015 et 2020, qui est la dernière année pour laquelle nous avons des données complètes, le Québec était un importateur net de droits d’émission de GES. C’est en achetant des permis aux Californiens qu’il a pu respecter ses plafonds d’émission. Cela signifie que la Californie a dépassé son objectif de 2020 et fait plus de réductions que prévu, alors que le Québec en a fait moins. Comment expliquer cela? En Amérique du Nord, le secteur le moins cher à décarboner au cours de la dernière décennie était la production d’électricité. En Californie, il y a eu des occasions de fermer des centrales au charbon à relativement peu de frais, alors qu’au Québec, la production d’électricité était déjà décarbonée. Donc, d’une certaine façon, le Québec a profité de la possibilité d’éliminer des GES dans le secteur de la production d’électricité en Californie. Mais cela ne pourra pas continuer, car la Californie a plus ou moins épuisé ses opportunités dans ce domaine. Il faudra donc examiner les flux de permis entre les deux juridictions dans le prochain rapport sur le SPEDE qui doit sortir vers la fin de l’année. J’ai l’impression que le déficit du Québec sera en diminution.

A.U. – Si on revient sur les principales recommandations du Comité consultatif sur les changements climatiques, quelles sont celles auxquelles le gouvernement semble vouloir donner suite ?

C.S. – Comme on l’a mentionné, notre proposition de réduire d’environ 17 millions le nombre de permis en circulation fait partie de celles qui seront soumises à la consultation publique. Ensuite, en lien avec les crédits compensatoires, le gouvernement propose de réduire progressivement la limite permise pour l’utilisation de ces crédits. Cette limite, actuellement de 8%, diminuerait graduellement pour atteindre 0% en 2031 et les crédits compensatoires seraient remplacés par un mécanisme d’achat de réductions, ce qui correspond à l’esprit de notre proposition.

Le gouvernement propose aussi d’ajuster à la hausse le prix de la réserve. Il s’agit d’une provision qui permettrait au gouvernement, si jamais le prix du marché devenait trop élevé, d’ajouter des crédits au prix de la réserve. Ça agirait comme un prix plafond. Nous trouvions que ce plafond était trop bas et qu’il fallait laisser un peu plus de marge au marché. Le gouvernement semble ouvert à cette proposition.

Une autre de nos recommandations concerne les périodes de conformité. Les émetteurs n’ont pas besoin de prouver chaque année qu’ils ont les permis pour couvrir leurs émissions. Ils doivent le faire tous les trois ans. C’est ce qu’on appelle la période de conformité. Une de ces périodes va se terminer en 2029 et une autre, en 2032. Cela tombe mal pour savoir si l’objectif de 2030 sera atteint. Nous avons donc proposé que les périodes de conformité soient dorénavant d’une durée de deux ans, ce qui laisserait de la flexibilité aux émetteurs, tout en faisant en sorte qu’elles correspondent aux dates où le Québec s’est fixé des objectifs, soit 2030 pour la réduction de 37,5 % de nos émissions par rapport à leur niveau de 1990 et 2050 pour la carboneutralité.

Notre dernière recommandation est en lien avec les chiffres utilisés par le gouvernement sur le potentiel de réchauffement des différents GES. Plutôt que de se baser sur le 4e rapport du GIEC, comme c’est le cas en ce moment, nous pensons qu’il faudrait utiliser les chiffres du 5e rapport, légèrement différents. Selon ces données plus récentes, le méthane, par exemple, a un potentiel plus élevé. Le gouvernement a indiqué sa volonté d’aller dans ce sens.

D’autres recommandations n’ont pas été retenues. Ainsi, nous proposions une réduction de la proportion des allocations gratuites au secteur industriel. Ces allocations sont déjà en diminution, mais les émissions des émetteurs industriels sont aussi en diminution et nous trouvions que la proportion de permis gratuits ne diminuait pas assez rapidement.

Nous avions aussi pensé à un mécanisme d’ajustement automatique des plafonds d’émissions. Si on réduit de 17 millions les permis actuellement en surplus dans le marché, nous souhaitions éviter qu’une autre accumulation ne se produise dans l’avenir, dans l’éventualité d’une crise économique majeure, par exemple. Plutôt que de le faire à la pièce, on pourrait automatiser l’ajustement du niveau des plafonds en fonction de l’utilisation des permis à travers le temps. L’Union européenne a développé ce genre de mécanisme et nous aurions pu nous en inspirer. Ce n’est pas dans les cartons pour l’instant.

Le gouvernement ne semble pas non plus prêt à étendre le SPEDE au secteur des matières résiduelles, comme nous l’avions proposé, jugeant vraisemblablement que ce serait trop complexe à administrer.

En somme, je crois que le gouvernement a opté pour les éléments les plus faciles à mettre en place à court terme, car la nouvelle réglementation devrait entrer en vigueur dès 2026-2028. Cela me semble raisonnable. Les éléments plus compliqués viendront peut-être plus tard.

A.U. – Est-ce que d’autres États américains ou d’autres provinces pourraient se joindre au marché du carbone ?

C.S. – L’Ontario a brièvement fait partie du système en 2018, mais le gouvernement Ford, en arrivant au pouvoir, a mis fin à cela. En ce moment, il ne semble pas y avoir beaucoup d’appétit dans le reste du Canada pour joindre le marché conjoint entre le Québec et la Californie. Aux États-Unis, il y a des discussions très sérieuses avec l’État de Washington. Cet État a lancé son propre système, inspiré de ce qui se fait en Californie, et il pourrait y avoir une liaison avec les marchés du Québec et de la Californie vers 2026.

«Aux États-Unis, il y a des discussions très sérieuses avec l’État de Washington. Cet État a lancé son propre système, inspiré de ce qui se fait en Californie, et il pourrait y avoir une liaison avec les marchés du Québec et de la Californie vers 2026.»

A.U. – Comment expliquer le manque d’intérêt pour le marché du carbone dans le reste du Canada ?

C.S. – Par différents facteurs. D’abord, les provinces ont l’habitude de gérer des taxes et, administrativement, le SPEDE est plus complexe à mettre en place qu’une taxe. Ensuite, ce n’est pas non plus la voie choisie par le gouvernement fédéral. Comme la loi fédérale prévoit que les provinces doivent implémenter leur propre système ou se voir imposer la taxe fédérale, les provinces trouvent plus simple de ne rien faire et de laisser la taxe fédérale s’appliquer. Les provinces – sauf la Colombie-Britannique, qui a sa propre taxe – peuvent ainsi blâmer Ottawa pour la taxe carbone.

A.U. – En conclusion, est-ce qu’on peut considérer que la bourse du carbone joue son rôle?

C.S. – Oui, bien que le système soit perfectible. Si les gens ont une perception un peu négative du SPEDE, c’est que son effet, jusqu’à maintenant, s’est surtout fait sentir à travers les importations de droits d’émission, puisque les réductions ont surtout eu lieu en Californie. Sur le plan de la vertu, on a l’impression que c’est moins bien parce que ce n’est pas nous qui avons réduit nos émissions, mais pour le climat de la planète, que les réductions aient lieu en Californie ou au Québec, ça ne fait aucune différence. Je pense que le système a joué son rôle et que, dans le futur, une plus grande proportion des réductions se feront au Québec.

Il faut aussi souligner que le marché constitue une source de revenus significative pour le Québec. Plus de 9,2 milliards de dollars ont été amassés depuis le lancement du marché du carbone, en 2013, et ces revenus sont réinvestis dans la lutte contre les changements climatiques. Ce n’est pas rien.

Pour consulter l'article d'origine via Actualité UQAM

Le professeur Pavel Ševčík publie dans le Canadian Journal of Economics

Pavel Ševčík
Département des sciences économiques, ESG UQAM
Rui Castro
Department of Economics, CIREQ, McGill University

RÉSUMÉ
Choix de carrière, capital humain et contraintes financières. Nous étudions les effets des frictionsfinancières au niveau des entreprises sur la productivité agrégée. Les contraintes de crédit influencentnon seulement les décisions de production, mais aussi les décisions de scolarisation au sein des ménages.À leur tour, les décisions de scolarisation des entrepreneurs ont une incidence sur la productivité de leursfirmes, dont la distribution devient endogène. En prévision des futures contraintes, les entrepreneurssous-investissent dans la scolarisation au début de leur vie. Les frictions diminuent la productivitéagrégée parce que le talent est mal réparti entre les occupations et que le capital est mal réparti entreles entreprises. De surcroît, la productivité des entreprises est inférieure en raison des distorsions descolarisation. Ensemble, ces effets représentent de 36 à 68 % de la différence de productivité agrégéeentre les États-Unis et l’Inde. Les distorsions de scolarisation sont la source principale des différences deproductivité agrégée.

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Philippe Goulet Coulombe remporte le Prix Relève en recherche 2024-2025 décerné par le Vice-décanat à la recherche de l’ESG UQAM 

Philippe Goulet Coulombe reçoit le Prix Relève en recherche 2024-2025. Professeur en sciences économiques à l’ESG UQAM, il est reconnu pour ses recherches en modélisation macroéconomique et intelligence artificielle.

Le Vice-décanat à la recherche de l’ESG UQAM est heureux de remettre le Prix Relève en recherche pour l’année 2024-2025 à Philippe Goulet Coulombe, professeur au département de sciences économiques de l’ESG UQAM depuis 2021 et chercheur associé à la Chaire en macroéconomie et prévisions dirigée par les professeurs Alain Guay et Dalibor Stevanovic (sc. économiques). Il sera éditeur associé à l’International Journal of Forecasting  à partir de l’automne 2024. 

Titulaire d’un doctorat en économie de la University of Pennsylvania et d’une maîtrise de Queen’s University, Philippe Goulet Coulombe a fait son Bac à l’Université Laval. Chercheur reconnu pour le développement de techniques de pointe en modélisation macroéconomique, il mène plusieurs projets à l’intersection de l’intelligence artificielle et de l’économétrie. Il conduit également des travaux en finance et sur la modélisation statistique des changements climatiques.  

Il cumule plus de 60 présentations dans 15 pays – notamment dans les conférences universitaires et les banques centrales. Il a produit une vingtaine de cahiers de recherche, dont 10 articles publiés dans des revues scientifiques de haut niveau, dont le Journal of Econometrics, le Journal of Applied Econometrics et l’International Journal of Forecasting. Il détient plusieurs subventions et bourses de recherche, dont celles du FQSRC (2022) et le CRSH (2024). Il commente régulièrement divers enjeux économiques dans les médias, à la télévision, dans la presse écrite et à la radio.  

Au cours des prochaines années, il compte poursuivre, avec son équipe, un agenda alliant recherche de pointe et déploiement pratique des algorithmes développés en utilisant une approche de type «  apprentissage automatique ». Cela, en construisant simultanément le modèle prédictif et les variables économiques utilisées directement à partir des données granulaires (par exemple, les pixels d’une image). Il mettra également l’accent sur l’interprétabilité et la transparence des modèles, éléments essentiels pour leur utilisation concrète. 

Dans ses temps libres, Philippe Goulet Coulombe est aussi auteur, compositeur et chanteur-guitariste au sein de la formation musicale Décorum, pour laquelle il signe la réalisation de deux albums, en 2022 et 2024.  

Voir le vidéo de présentation de Philippe Goulet Coulombe 

Source: Nouvelles ESG UQAM

Pour qui la ville est-elle encore abordable? Étude menée par Florian Mayneris et Kristian Behrens

Une étude menée en collaboration avec l’Université Paris-Saclay se penche sur l’accessibilité des grands centres urbains.

La crise du logement qui sévit dans plusieurs grandes villes occidentales est abondamment documentée par les médias. «En parcourant les articles et reportages sur le sujet, j’ai développé un intérêt pour les témoignages des travailleuses et travailleurs de la classe moyenne qui ne parviennent plus à se loger dans les villes où ils travaillent. J’ai voulu cerner l’ampleur du phénomène», souligne le professeur du Département des sciences économiques de l’ESG UQAM, Florian Mayneris.

Le chercheur a obtenu une subvention Développement Savoir du CRSH de près de 70 000 dollars afin de réaliser un projet de recherche sur la question avec son collègue Kristian Behrens, en collaboration avec Miren Lafourcade, professeure en économie à l’Université Paris-Saclay.

La distance domicile-travail

Florian Mayneris et son équipe s’intéressent aux grandes villes canadiennes que sont Vancouver, Toronto et Montréal, ainsi qu’à des villes françaises comme Paris, Bordeaux, Marseille, Lyon, Nantes, Toulouse, Strasbourg et Lille. «Nous utilisons les bases de données du recensement au Canada et en France, explique le chercheur. On y consigne le lieu de domicile et le lieu de travail des répondantes et répondants. Dans la première partie de notre projet, à teneur plus descriptive, nous pouvons déterminer si la distance domicile-travail a augmenté ou diminué au cours des 10, 15 ou 20 dernières années.»

Le professeur et ses collègues comptent également analyser si ces distances fluctuent en fonction des villes étudiées, des professions, du genre et de la situation familiale.

Bien qu’anecdotique, la réalité statistique fait sourire: entre le recensement de 2016 et celui de 2021, la distance moyenne domicile-travail au Canada a connu une forte baisse… en raison du télétravail. «Pour certaines personnes, la distance domicile-travail est passée de quelques kilomètres à quelques mètres», note en riant Florian Mayneris.

Pouvant bénéficier du télétravail, plusieurs travailleuses et travailleurs ont choisi de migrer de la ville vers les banlieues. Comment savoir si ces personnes ont décidé de déménager hors de la ville par choix, pour se rapprocher de la nature, par exemple, ou parce qu’elles n’avaient plus les moyens d’habiter en ville? «C’est impossible et c’est pourquoi nous devrons exclure les télétravailleurs de notre échantillon», explique le professeur.

Une fois les télétravailleurs écartés, les analyses préliminaires ne laissent pas entrevoir de changements significatifs au niveau de la distance domicile-travail chez les Canadiennes et Canadiens au cours des dernières années, observe Florian Mayneris. «Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de variations importantes pour certaines villes et certaines professions, mais nous pourrons le vérifier lorsque nous aurons réalisé une analyse plus poussée.»

L’impact de la flambée immobilière

Dans la deuxième partie du projet, Florian Mayneris et son équipe détermineront si la fluctuation de la distance domicile-travail est liée, pour certaines professions, à l’augmentation des prix de l’immobilier durant les 20 dernières années. «Nous comptons ensuite vérifier si, pour un secteur géographique donné, une partie de la flambée immobilière est attribuable à l’augmentation des inégalités de salaire, ajoute-t-il. Par exemple, si plusieurs personnes habitant au centre-ville œuvrent dans le domaine de la finance et ont des salaires très élevés, il est probable que la hausse des prix de l’immobilier y soit plus marquée qu’ailleurs.»

Des ruptures de services à l’horizon?

Dans une phase ultérieure, l’équipe analysera les résultats obtenus en parallèle avec l’offre de services publics pour les résidents d’une même ville. «Si des travailleuses et travailleurs appartenant à certains groupes d’emploi – en enseignement, en restauration ou en soins infirmiers, par exemple – doivent sortir de la ville pour des raisons économiques et changer d’employeur, il viendra un moment où il risquera d’y avoir une rupture de services», craint le spécialiste.

L’exemple qu’il offre à cet égard est documenté. La Régie autonome des transports parisiens (RATP), responsable des transports collectifs dans la capitale française, éprouve des difficultés à assurer la continuité de ses services, car on ne parvient plus à recruter et à retenir des chauffeuses et chauffeurs d’autobus, illustre-t-il. «Cela tient principalement à deux facteurs: des enjeux de sécurité – l’incivilité des passagers, notamment – mais aussi une offre salariale trop faible pour que ces travailleuses et travailleurs puissent habiter en région parisienne.»

Inévitablement, l’étude abordera l’effritement de la classe moyenne. «Les phénomènes d’embourgeoisement et de gentrification affectent non seulement les personnes les plus pauvres, mais aussi les gens de la classe moyenne. Il nous reste à déterminer dans quelle proportion et à esquisser les impacts que cela aura éventuellement sur la dynamique économique des villes», conclut Florian Mayneris.

Source: Actualités UQAM

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