
Plusieurs savent qu’il existe un lien entre le niveau d’éducation et le revenu. Mais saviez-vous que loin de s’être atténué, le rendement de l’éducation s’est accentué depuis 2000 au Québec ?
La professeure de l'École des sciences de la gestion, Catherine Haeck se penche sur l'Éducation.
L’éducation ouvre plus que jamais les portes aux emplois payants. Il est donc essentiel de créer un système d’éducation juste et équitable, qui offre à chacune et chacun la possibilité de faire valoir ses intérêts, aptitudes et ses talents.
Le Québec mérite-t-il une bonne note en ce domaine ?
Des inégalités familiales qui se retrouvent dans la salle de classe
Entre 1980 et aujourd’hui, les inégalités de revenus avant impôt et transferts ont augmenté de près de 20 % au Québec. Cependant, elles sont demeurées assez stables une fois les impôts et les transferts pris en compte.
Le système de redistribution a donc su atténuer la croissance des inégalités de revenus. Mais, pour beaucoup trop de familles, ce n’est pas suffisant, car le revenu n’est pas le seul facteur associé à la réussite des jeunes.
On sait que les inégalités de développement des enfants sont observables dès l’âge de 5 ans. Ces différences importantes sont associées au statut socioéconomique des familles, tel que le niveau d’éducation des parents.
Les enfants ne commencent donc pas tous l’école sur un même pied.
Or, les travaux scientifiques soulignent que l’école, quand elle est bien organisée, peut réduire en partie les inégalités qui existent entre les enfants et assurer une éducation plus équitable. Plusieurs études démontrent que les grèves, en obligeant les enfants à rester à la maison, augmentent les écarts entre les élèves.
Nos propres travaux sur les fermetures d’école durant la pandémie démontrent que les élèves ayant le plus difficulté ont été fortement affecté par les fermetures d’école alors que les élèves performants ne l’ont pas été. Ces résultats confirment que l’école québécoise est un puissant facteur de réduction des inégalités de développement.
Bref, quand l’école est ouverte, les écarts ne sont pas nuls, mais ils sont moins grands.
L’école québécoise est enviable à bien des égards
Qu’elle soit mesurée par les tests PISA (International Student Assessment), TIMSS (Trends in International Mathematics and Science Study) ou PIRLS (Progress in International Reading Literacy Study), la performance des élèves du Québec au primaire et au secondaire se compare favorablement à celle du reste du Canada, et tout spécialement à celle de l’Ontario.
Nos travaux avec ces données démontrent qu’au Québec, les jeunes en difficulté performent aussi bien qu’ailleurs au pays et parfois même mieux, alors que nos élèves les plus forts sont souvent parmi les meilleurs.
Le personnel du réseau de l’éducation fait un travail remarquable que nous devons souligner.
Malgré les bons résultats de l’école québécoise, plusieurs défis demeurent. Tout comme ailleurs au pays, nos travaux démontrent que les inégalités de réussite selon le statut socioéconomique continuent d’être bien présentes tant au primaire qu’au secondaire.
L’école doit composer avec des inégalités importantes tout au long du parcours scolaire.
Notre livre sur la sous-scolarisation des garçons rappelle que le taux de diplomation des garçons est plus faible à tous les niveaux d’études, et ceci est également vrai ailleurs au pays, particulièrement au niveau du baccalauréat. De plus, les garçons ne commencent pas l’école avec le même bagage de connaissances que les filles, et ils sont plus nombreux à prendre des médicaments en lien avec le TDAH. On pourrait faire mieux pour les garçons et les filles en difficulté.
Il faut tenir compte des caractéristiques singulières des élèves pour aider ceux qui en ont besoin et permettent à ceux qui apprennent facilement d’avancer. Il y a ici un choix entre inclusion et parcours adaptés, et la meilleure approche est loin d’être évidente.
Nous sommes à un moment charnière où il serait possible de faire certains changements qui permettraient d’accroître l’équité du système tout en favorisant le développement des enfants selon leurs capacités et leurs intérêts.
Il importe toutefois de rappeler que le système d’éducation à lui seul ne peut pas tout régler. Les services sociaux, les services de santé, le milieu familial et de vie ont aussi une part importante à jouer.
Enfin, il importe de revoir nos valeurs sociétales. La lumière, l’espoir, ne naissent pas des avoirs matériels et monétaires démesurés de certains, mais de notre éveil au monde et de nos contributions diversifiées et souvent anonymes à la collectivité.
Source: La Presse

